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28/04/2009

Cameroun: Une gestion pas du tout Catholique

Lepays.bf - Le ministre camerounais de la Communication se trouve depuis quelques jours dans le collimateur de la police judiciaire de son pays pour tentative de détournement de l’argent alloué pour la couverture médiatique de la récente tournée du pape Benoït XVI, du 17 au 20 mars 2009, au Cameroun. Les fins limiers auraient découvert que Jean Pierre Piyiti Bi Essima aurait déposé un total de 130 millions de F CFA sur son compte personnel, ce qui constitue une enfreinte à la réglementation en vigueur qui interdit que de l’argent public soit placé dans un compte privé.

Un acte isolé posé par un seul individu, mais qui remet en cause tout un système. Il est vrai que le Cameroun s’était construit une solide réputation de pays corrompu parmi les plus corrompus d’Afrique, et cela, jusqu’à ces toutes dernières années. Mais on avait aussi osé croire aux vertus curatives de l’opération Epervier initiée au haut sommet des sphères dirigeantes, ces derniers temps, dans le but d’assainir et la morale et les finances du pays. Visiblement, les effets positifs de cette opération "mains propres" se font attendre et il faudra sans doute user de patience avant de les voir naître, grandir et porter des fruits. De l’argent mis de côté par un haut responsable politique, il faut le dire, ça court les rues sur le continent. C’est l’évidence même. Malheureusement. Mais dans ce cas précis, la malversation choque de manière toute spéciale, au regard du contexte spirituel dont elle tire prétexte : la visite papale.

On a de la peine à imaginer que les sacrifices des fidèles, certains de ces derniers donnant de leur indigence, se retrouvent en "lieu sûr", dans un compte personnel, avec pour toute explication qu’on ne "dispose pas de coffre fort" ni dans son cabinet ni à son domicile. Autant l’acte posé est grave, autant est bien mince l’argument pour le défendre. Et l’on se surprend alors à se demander s’il ne traduit pas un véritable dysfonctionnement de tout un système en place. A la limite, un ministre des Finances -on pardonnera le cynisme- ça passe encore. Lui, manipule des sous à longueur de journée. A l’âne qui foule grain, s’il n’est pas muselé, vient la tentattion de s’en offrir de temps à autre, une bouchée. Mais du ministère de la Communication aux espèces sonnantes et trébuchantes, il y avait une réelle distance que le ministre n’aurait pas dû franchir. Assez souvent en Afrique, le premier responsable de ce ministère est également porte-parole du gouvernement. Il a donc obligation d’un minimum de droiture morale. En tout état de cause, il semble bien que l’opération Epervier tarde à prouver son efficacité. L’oiseau a beau chasser le naturel, il revient au galop.

Et si cette indélicatesse ministérielle n’est que la partie visible d’un immense iceberg, ce n’est pas demain la veille que sera sonné le glas de la corruption au pays de Paul Biya. Quelle suite réservera-t-on à l’affaire ? Pourvu qu’elle ne soit pas classée sans suite, comme il est de coutume sur le continent noir, lorsque certaines "affaires" touchent certaines personnalités. Pauvre Benoît XVI qui s’était rendu en Afrique pour y apporter aussi la bonne parole et fustiger certaines pratiques décidément peu catholiques ! Mais peut-être bien que la prochaine fois qu’il y retournera, il insistera davantage sur le Décalogue, et tout particulièrement en son septième commandement (1) : il recommande de manière explicite, le strict respect du bien d’autrui.


Par Jean Claude KONGO

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